L’homme descend du singe alcoolique ?


Grâce à cet article, si t’es du genre à pioncer bourré dans un caniveau, tu vas enfin pouvoir te déculpabiliser de manière scientifique. Car oui, ce n’est pas de ta faute si t’as le lever de coude facile et que t’es un cassos. Cela est simplement le fruit (fermenté) (tu comprendras la blague en lisant) d’un déterminisme génétique datant de l’époque où tes aïeux poilus se reniflaient encore les fesses. Avant de lire cette histoire d’ivresse, ressers toi donc une pinte de Pale Ale anglaise, en célébrant l’atavisme qui fait de toi un pochtron. Et oublie le sentiment bourgeois qu’est la honte (selon Staline), aujourd’hui tu es excusé !

L’Hypothèse du singe ivre

Le biologiste écossais Robert Dudley a grandi avec un père alcoolique. Le genre qui s’enchaine des verres de whisky toute la journée pour supporter la mélancolie de son existence et de la météo locale. Mais nous ne sommes pas là pour juger… Par contre, conséquence plutôt attendue, le daron finit par clamser des causes de cette maladie, bien avant l’âge de raison où un homme se dit « ça va, j’ai bien vécu… ». Un fait, en soit, plutôt banal à l’échelle humaine quand on y pense… mais assez marquant pour notre biologiste qui le motivera, dans son parcours professionnel, à comprendre pourquoi les hommes préfèrent naturellement aller au bar plutôt que de faire du Crossfit ou repasser ?

Un jour de l’année 2004, alors qu’un geek lance le site Facebook et que la Grèce braque l’Euro de Football, notre protagoniste, lui, effectue des travaux d’études dans la forêt panaméenne, ne se doutant qu’il allait résoudre l’un des plus grands mystères de l’humanité. Pourquoi certains hommes sont à la 8.6 dès le matin ?
En observant la vie des primates du coin, il se rend compte que la plupart des singes mangent des fruits mûrs qui, après analyse, contiennent une petite quantité d’éthanol (lors d’une fermentation alcoolique, le sucre se transforme en alcool grâce aux levures). Une quantité d’alcool bien trop faible pour zouker les yeux vitreux, mais c’est un fait assez intriguant pour se pencher sur la question. De cette trouvaille, après réflexion, sûrement un peu biaisé par l’enfant en lui cherchant à excuser les manquements de son papounet d’amour, Robert Dudley avance l’hypothèse du singe ivre. Un nom assez accrocheur et intriguant. Cette hypothèse consiste à expliquer que les singes ont un penchant naturel vers les fruits bien mûrs (voir un peu pourris). Car la présence d’un faible taux d’éthanol dans ces fruits, stimulant le centre cérébral du système de récompense (d’où la dépendance), est un indicateur qu’ils contiennent une source importante de calories (1g d’éthanol contient près de deux fois plus de calories que 1g de glucides).
Pour résumer, si t’es un primate posé sur ta branche et que tu aperçois un fruit qui a commencé à fermenter naturellement, tu vas te jeter dessus comme un sagouin. Car il a une plus forte valeur nutritionnelle, assurant ainsi ta survie dans ce monde hostile sans Caisse d’Allocation Familiale et Uber Eats. Mais surtout, cette petite dose d’éthanol que t’ingurgite va titiller le système de récompense de ton cerveau, créant un sentiment de satisfaction qui peut vite te faire vriller… La genèse donc de l’alcoolisme et des coupes mulets.

Les scientifiques et historiens les plus soiffards sont même allés jusqu’à affirmer que si nos ancêtres sont descendus de leur branche, c’est tout simplement pour ramasser des fruits fermentés et se la coller. Puis, une fois sur terre, ils se sont redressés doucement sur leurs pattes. De la découverte du feu à l’Iphone 16, la grande histoire de l’humanité ne serait donc qu’une question de fermentation. Oublie ta culpabilité chrétienne, tu es génétiquement programmé depuis 10 millions d’années à l’amour de la picole.
Cela expliquerait aussi le fait que t’es développé un odorat qui te permette de sentir à distance le doux parfum du sucre et de l’alcool afin de mieux te nourrir en termes de colories. Mais ce n’est pas tout… De l’hypothèse du singe ivre en découle surtout ce qu’on appelle l’effet apéritif. Cela se traduit par le fait que l’odeur de l’alcool et son goût te donne cette impression que, bien éméché, tu pourrais tuer pour un kebab à 2 heures du matin. Tu vois de quoi je parle ? Alors qu’en soit, ta bouteille de Beaujolais siphonnée juste avant était déjà remplie de calories… Pas de problème, tu peux stocker de la réserve dans tes graisses pour passer l’hiver en toute sécurité. En fait, picoler déclenche une réaction chimique dans des neurones spécifiques du cerveau qui te donne l’envie de grailler comme un cochon. Scientifiquement, ce sont exactement les mêmes neurones qui réagissent lorsque t’es vraiment affamé. A méditer…

Si tu n’es pas sûr que tes ancêtres soient descendus de l’arbre pour se siphonner tranquillement une pinte en matant un OM-PSG, mais plutôt pour une histoire de changement climatique, l’hypothèse du singe ivre, quant à elle, a été confirmée par deux faits scientifiques.
Le premier, on le doit à des chercheurs de l’université de Californie. En 2022, observant les singes araignées aux mains noires vivant dans l’île Barro Colorado au Panama, ils ont constaté que ces primates mangent régulièrement aussi des fruits de prunier mombin contenant une teneur d’alcool entre 1% et 2% (ces fruits sont également utilisés par la population locale pour en faire une boisson alcoolisée). Mais surtout, que lorsqu’ils ont le choix dans leur régime alimentaire, ces singes vont généralement choisir le fruit qui a commencé a fermenter naturellement, plutôt que celui qui ne contient aucune trace d’éthanol. Un peu comme si à un apéro, on te propose une bière sans alcool ou un Chablis du domaine des Pattes Loup…
Le deuxième, tient d’une découverte génétique. Il y a 10 000 millions d’années (pile quand tu t’es retrouvé les deux pieds sur terre), une mutation t’as permis de mieux assimiler l’alcool (production d’une enzyme particulière). Il faut s’imaginer le bordel, tu te retrouves sur terre, d’un coup, il y a des nouveaux prédateurs (tigres, lions, etc.) qui te perçoivent comme un bucket KFC, il vaut mieux ne pas trop tituber… Pour survivre, il a fallu donc s’adapter sans renoncer à ton amour naissant de la picole. La solution ? Continuer à manger des fruits fermentés mais en étant bourré moins vite. Aujourd’hui, pour info, chez un homme moderne, 10% du mécanisme de traitement des enzymes par le foie sont dédiés à la conversion de l’alcool en énergie.

On boit ou on…

Maintenant que tu sais digérer l’alcool, les fruits fermentés à 2°, c’est sympa pour les buveurs de Kombucha… mais ça ne satisfait pas le futur alcoolique que tu espères devenir. La question qui se pose est donc la suivante : quand est-ce que tu as commencé à picoler sérieusement ?

Scientifiquement, à ce jour, la première trace d’alcool avérée (et digne de ce nom) remonte à 7 000 ans avant JC en Chine. Dans une tombe, on a retrouvé les résidus dans des pots de glaise d’une boisson fermentée assez unique. Il s’agit d’un mélange de raisins, de fruits d’aubépine, de miel, de céréales et de riz fermentés (tous ensemble). Un bon cocktail de trimard qui ferait grincer les dents d’un mixologue… Mais bon, il faut bien commencer quelque part.
Puis après, si tu suis assidument nos articles, tu sais que les Sumériens et les Égyptiens ont commencé à produire de l’alcool de manière sérieuse et industrielle, qu’ils se retrouvaient déjà le soir dans des bars pour se la coller et se taper des putes. Effet logique de la sédentarisation de l’homme… D’ailleurs parlant sédentarisation (et donc de révolution Néolithique 10 000 ans avant JC), pas mal d’historiens ont affirmé que tu savais faire de la bière avant le pain. Pour eux, cela signifie que tu n’as pas lâché ta vie de bohème-gitan pour la sécurité, le couple ou que t’avais cette vision en tête d’une civilisation avec, un jour, des drones qui livrent des colis. Mais que tu voulais simplement pouvoir brasser de la bière dans des bonnes conditions. Produire ta mousse en toute sécu dans un endroit posé… La belle vie quoi ! En 1953, y a même un coloc de scientifiques internationaux qui se sont demandés si l’homme, à une époque, a vécu simplement de bière ? Personne ne s’est vraiment mis d’accord. Pourtant, il faut dire qu’à cette période, une bière n’est pas fraiche, filtrée et désaltérante. C’est une bouillie de céréales écrasées qui a fermenté. On mange donc plus une binouze que ce qu’on la boit.

Mais si l’on revient à la question de départ, de savoir quand as-tu commencé vraiment à boire ? Si t’es bon en mathématique, la différence entre 10 000 millions d’années (ancêtre de l’homme qui descend de sa branche) et 10 000 ans (sédentarisation) est bien trop importante. Tu n’as sûrement pas passé tout ce temps le gosier sec. Faut pas déconner… Peut-être sais-tu faire de la bière ou un vin de fruit depuis pas mal d’années (rien que par le fruit du hasard), mais qu’il est impossible de le prouver scientifiquement ? Il se pose alors la question du récipient, il en faut bien un pour faire fermenter le bordel. Et l’invention de la poterie correspond à la sédentarisation de l’homme. Mais t’aurais pu très bien te servir d’un tronc d’arbre sec ou d’autre chose. Cependant, la théorie la plus acceptée à ce jour, est que tu dois tes premières ivresses mémorables aux abeilles et à la météo.

On ne peut pas vraiment dater le truc, mais imagine-toi il y a 2,5 millions d’années. Homo Habilis, tu mesures 1m40, pèses 45 kg. Tu commences à posséder un langage articulé. Ta vie est plutôt simple. Toute la journée tu marches à la recherche de nourriture (tu commences à manger de la viande), d’eau, et t’espères ne pas crever trop jeune. Tu peux aussi parfois casser des pierres en communauté pour en faire des outils. Ce qui démontre chez toi une certaine vie sociale, une capacité de transmission, d’apprentissage et de conscience d’une action différée (concevoir l’outil, le réaliser puis l’utiliser). Mais à part cela, très peu d’hobby et de questions existentielles. Une simple addition à résoudre, te mettrais en PLS… Bref, dans ta vie épique, lors du dernier orage, les forts vents ont fait tomber une ruche bourrée de miel sur le sol. La pluie la remplit d’eau. Toi, avec ta troupe de cassos poilus, tu passes par là quelques jours après. Juste le temps qu’une partie du sucre ait pu se transformer en alcool. Curieux et génériquement programmé pour, tu goûtes ce breuvage à la fois doux, floral et pétillant. Tes yeux s’émerveillent. Pour toi, c’est une révélation. Frappé par la grâce, ton système de récompense et l’ivresse, tu te dis que c’est l’avenir de l’humanité. Même si tu ne maitrises pas encore le feu, le polissage, et que tu n’as pas encore bougé d’Afrique, tu te dis qu’un jour, des humains passerons des soirées assis à picoler en discutant partout dans le monde. Que l’on érigera des écoles où l’on enseignera comment produire et déguster de l’alcool avec classe. Puis qui sait… peut-être même qu’un un connard sur une machine, avec une pomme dessinée dessus, tapera sur des touches pour raconter ton histoire. Et qu’il l’enverra par des ondes invisibles à un groupe de soiffard.es qui la liront. Un grand délire… !

L’équipe Soiffard

Article écrit par des soiffards raffinés, des cavistes et des sommeliers.

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