L’Histoire du Pastis : Naissance d’un Mythe Jaune !


Pastaga, rifflon, jaune, tisane de Sainte-Marthe, flan, yaourt, momie…. À Marseille, les expressions et les occasions ne manquent pas pour s’en siffler un. Sur le Vieux Port, véritable agora de la cité phocéenne, la maison Pernod-Ricard s’impose comme une évidence. Pas loin, sur les terrasses, on trouve encore quelques vieux rades qui te servent un pastis contre une pièce de 2 €. Aidant aux 130 millions de litres que les Français consomment chaque année… Bref, en tant que professionnel de la picole, et par chauvinisme, on se devait de te raconter son histoire !

La véritable histoire du pastis !

L’histoire du pastis commence avec une interdiction. Celle de l’absinthe. Fin XIXᵉ siècle, c’est l’alcool star en France. Poètes et ouvriers se torchent la gueule avec la fameuse « fée verte » dans les cabarets et les cafés littéraires. Mais les médecins, les politiques et les gardiens de la morale l’accusent de tous les maux : folie, violence, décadence morale… Le 16 mars 1915, en pleine guerre mondiale, l’absinthe finit par être interdite.

En réaction, les industriels du secteur cherchent de nouvelles recettes tout en conservant ce goût spécifique de fenouil et d’anis. Mais sans la fameuse molécule thuyone, qui serait à l’origine de cette folie. C’est dans ce contexte qu’en 1918, à Avignon, Jules-Félix Pernod, fils d’un ancien industriel de l’absinthe, commercialise l’Anis Pernod, dans son usine du quartier Montfavet. Après une période de flou juridique, l’État finit par autoriser en 1920 ce style de boissons anisées à 30°, dont on ignore encore vraiment comment génériquement la nommer.

En 1932, à Marseille, Paul Ricard, jeune fils de 23 ans d’un négociant en vin, passe des heures dans son laboratoire de fortune. Il y élabore sa propre recette d’anisé, qu’il commercialise sous le slogan “Ricard, le vrai pastis de Marseille”. Pastis étant un mot emprunté à pastisson qui signifie un mélange en provençal.

Et là, tout bascule. Ricard ne vend pas seulement une recette. Il vend un territoire. Une manière de vivre. Une identité méridionale dans une bouteille. Son réseau de distribution est redoutable. Les camions sillonnent la Provence, les représentants écument les bistrots, les cafés affichent la marque sur leurs tables. En quelques années, il dépasse Pernod et devient le premier vendeur de pastis en France.

En 1938, l’État autorise officiellement la production et la vente de pastis titrant jusqu’à 45°. Le pastis n’est plus un succédané d’absinthe : il a trouvé son identité.

Mais l’histoire française aime compliquer les choses. Sous le régime de Vichy, toutes les boissons au-dessus de 16° sont interdites. Le pastis disparaît des comptoirs. L’usine Pernod est transformée en chocolaterie. Ricard, pragmatique, se reconvertit : vermouth, jus de fruits, alcools industriels, carburants pour le maquis. L’apéritif laisse place à l’effort de guerre.

À la Libération, l’espoir est de courte durée. Le gouvernement n’autorise que les apéritifs à 40°. Le pastis reste bridé. Une quarantaine de distillateurs clandestins continuent d’en produire sous le manteau. Ils s’organisent, créent un syndicat, prélèvent même une taxe pour financer d’éventuels procès. Finalement, en 1949, l’État, en quête de recettes fiscales, abroge la prohibition. Le pastis revient officiellement.

En 1951, la publicité pour les boissons anisées est interdite par voie d’affichage et de presse. Pernod réplique en lançant Pastis 51. Un nom qui ancre la date dans l’histoire. Impossible de communiquer ? Les commerciaux envahissent les cafés avec des objets siglés : brocs à eau gradués, cendriers, pichets, bobs. La marque s’installe dans le quotidien plutôt que dans les journaux.

Après des décennies de rivalité féroce, Pernod et Ricard fusionnent en 1974. Naît alors Pernod Ricard, futur géant mondial des spiritueux. Le pastis, lui, est devenu institution..

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